UNION JAUNE ET CITOYENNE
La Force de L'Union

Les appels à l’union des Gilets Jaunes ont été nombreux dès les premiers jours.

L’émergence spontanée du mouvement, sa jeunesse ensuite, son hétérogénéité parfois n’ont pas permis que ces appels soient entendus et couronnés de succès.

Pour autant, les expériences de partages de connaissances, les échanges de points de vue, les élaborations communes de projets se sont multipliés tandis que l’émulation des regroupements en manifs et sur les ronds-points entretenaient ces énergies qui ne demandent qu’à fusionner.

Cette fusion, ce désir d’union est là, présent dans tous les cœurs, douce utopie pour certains, solution incontournable pour d’autres mais une chose est sûre : si on ne la concrétise pas, personne ne saura jamais ce qu’elle aurait donnée.

Voilà pourquoi, en toute logique et poussés par l’exigence morale de nos consciences sociales et politiques, nous entreprenons ce que tous, nous appelons de nos vœux: l’union des Gilets Jaunes et des citoyens "éveillés". Eveillés, car nous devons nous le dire entre nous, ce qui nous unit est justement cette conscience aiguë d’être des citoyens au cœur d’une société sur laquelle nous avons des droits et des devoirs. Cette conscience, étrangement, constituera en notre esprit le premier centre d’intérêt de nos vies tant que ces droits et ces devoirs ne seront pas rétablis.

Tout cela fait de nous des militants plaçant au-dessus de tout, nos idées et nos convictions. Chevillées au corps, nous ne pouvons accepter de continuer sans rien faire ni rien dire et, parce que nous n’avons pas le choix, nous ne pouvons faire autrement que de mettre en commun nos forces pour qu’adviennent et reviennent les libertés perdues, l’espoir assassiné et les avenirs bouchés.

L’alternative est d’une clarté glaçante : nous unir ou sombrer dans les ténèbres d'une dictature orwellienne qui se dresse chaque jour toujours plus monstrueuse.

Les Droits de l’Homme, les Dix Commandements, l’Esprit des Lumières, les canons de bienveillance religieux ou pas, toutes ces belles résolutions qui portaient sens au temps de nos ancêtres seront à jamais lettres mortes sans le sursaut vital dont l’Humanité a besoin.

Nous avons la lourde mission de détrôner les puissances technocratiques, cravatées, costard et attaché-case en emblème, idolâtres de tableaux excel et assoiffées de fontaines d’argent numérique coulant comme le sang déshumanisé d’un corps dont l’agonie silencieuse est occultée par des milliards d’écrans, paravents hypnotiques vomissant à l’infini des images gesticulantes et sans cervelle.

L’union pour soigner la nausée et l’écœurement.

Le bon sens, la petite morale, les grandes vertus, la politesse et le savoir-vivre, toutes ces petites rivières qui forment le fleuve de la justice en passant par la justesse, l’égalité et l’équité, le respect et la compassion, sont devenus ringards et désuets. Le contrat social aussi est devenu lettres mortes. La solidarité est un instrument et la gentillesse un défaut, tandis que la cupidité est une qualité et l’égoïsme un pré-requis.

Nous avons la lourde mission de détrôner les fâcheux festoyant sans vergogne en banquets, au vu et au su de populations réduites à la misère, fâcheux insensibles aux innombrables destins qu’ils ont eux-mêmes, en toute conscience, brisés.

L’union pour soigner la dérive de ce qui fait humanité.

La majesté mystérieuse des grands arbres, la fragile persistance des fleurs, la vitalité des cultures, l’élégance des paysages résistent encore autour de nous, comme une mère indulgente face aux inconséquences de ses enfants. Elle mourra peut-être pour que nous vivions encore un peu. Mais après, qu’adviendrons-nous ? Nous sommes ses enfants sages, conscients de ses sacrifices et des peines que nous lui causons.

Nous avons la lourde mission de détrôner les frères et sœurs irrévérencieux, racailles de notre Terre, vandales irrespectueux, faux-monnayeurs de rêves électroniques, marchands du Temple sans passé donc sans avenir.

L’union pour soigner la vie.

Voilà où nous en sommes : purement et simplement au pied du mur.

L’union pour nous donner une chance de le franchir.

Jean-Charles Aknin
Mai 2020

Pour parler de nous et de notre mouvement - nous l'avons fait au début -, nous parlions de nos difficultés à vivre décemment, de nos problèmes d'argent, de survie, du syndrome du frigo vide, du déclassement social, et, pour faire court, de notre misère. Nous l'avons fait et continuons de le faire tant ces sujets restent d'actualité et n'ont pas été réduits.

Pour autant, notre discours a évolué.

Au début, nous nous exprimions ainsi, et par souci de synthèse, nous nous en tenions à ces formules chocs qui permettaient de mobiliser l'opinion publique autour des "pauvres" qui réclamaient justice, aide et soutien. Nous pouvions nous le permettre puisque tout y était vrai.

Ainsi, par cet "appel des pauvres", nous avons été identifiés comme tels auprès du reste de la population, mais les choses ne sont pas si simples.

D'abord, c'était sans compter avec la duplicité de nos détracteurs puissants et intéressés, avec la haine quasi atavique de beaucoup pour les pauvres, et enfin sans compter avec nos propres différences.