UNION JAUNE ET CITOYENNE
La Force de L'Union

Préambule

 

De toutes les valeurs ancestrales que les ultralibéraux aimeraient voir disparaître, certaines résistent plus que d’autres à leurs assauts. On pense à la famille, à la nation, à notre indécrottable sens de la justice et de l’équité.

On les a vu, par exemple, mettre à profit l’individualisme naturel de chacun pour réduire les libertés par la technique du "diviser pour mieux régner", consacrer l’esprit comptable en des lieux aussi improbables que la santé ou l’éducation, marchandiser des ressources vitales telle que l’eau, et même, ambitionner de breveter le vivant.

Parmi ces valeurs ancestrales, il en est une que les mercenaires de la finance s’appliquent à réduire depuis des décennies : les services publics, source potentielle d’infinis profits dès lors qu’ils sont privatisés.

Les dégâts sont déjà énormes et nous sommes au chevet des décombres de l’héritage du Conseil National de la Résistance qui a institué dans leur version moderne des structures de solidarité fort anciennes et dont l’histoire est inscrite dans nos mémoires.

C’est sans doute grâce à cette mémoire diffuse que les services publics survivent, certes sous des formes dégradées, mais survivent encore. Historiquement, les services publics s’appelaient les Communs.

 

Les Communs

Les Communs sont des ressources partagées, administrées, et exploitées collectivement par une communauté.

Une remontée dans l’histoire, nous laisse imaginer assez facilement des communautés humaines originelles contraintes de s’unir pour survivre et, de ce fait, de cultiver la solidarité, le partage et l’entraide.

Ainsi les ressources en eau, en bois, les cultures, les systèmes d’irrigation, les marais salants, les fontaines, les granges villageoises, les campagnes de labour, les campagnes de défrichage, les grandes fauches et les récoltes, les voies d’accès, les ponts, les pontons et les ports, les remparts, les vigies, les lieux de culte, les cimetières, etc... formaient la somme des Communs de la communauté. Chacun contribuait et était rétribué à la mesure de sa participation.

 

Par spécialisation, certains (forgerons, meuniers, fumeurs, menuisiers, tisserands, orfèvres, apothicaires, guerriers) prospéraient en symbiose avec l’intérêt collectif, symbiose concrétisée souvent par le fait que les forges, les moulins à blé, les fumoirs, les pressoirs étaient à l’origine des installations construites et maintenues par la collectivité.

Un grand enjambement de l’histoire, par-delà les pharaons, les cités grecques, les empires romains et ottomans jusqu’aux sociétés moyenâgeuses nous amène, 4000 ans plus tard, à un morcellement des Communs qui, pour beaucoup, se sont vus peu à peu attribués aux communautés humaines via des concessions octroyées par les puissants (seigneurs ou monastères) telles la coupe de bois et de branchages, la collecte de résine, les territoires de chasse et de pâturages, les fermages et métayages. Les dîmes, gabelles, cens, tailles et autres impôts se sont substitués aux rapports de contribution/rétribution primitifs.

On voit la pente par laquelle les Communs ont peu à peu été dévoyés. Sans, à tout coup, en prendre possession (laissons de côté les mains basses inconditionnelles des tyrannies), les puissants se sont arrogés a minima le pouvoir d’administration. Se substituant à la solidarité originelle et naturelle, ils se sont positionnés pour rationaliser la répartition du service rendu ou assurer la viabilité économique du partage.

Parmi les Communs que les puissants se sont accaparés avec le plus de constance et d’application, on compte le Commun monétaire. On doit pourtant constater que la mise en circulation (en commun) de la monnaie royale (Or, argent et cuivre) consacrait paradoxalement l’esprit des Communs puisque cette monnaie permettait de fluidifier les échanges économiques utiles à tous.

Ce Commun a totalement disparu depuis la fin de l’Etalon Or et l’avènement de l’argent-dette et de son vecteur, la création monétaire ex nihilo par les banques.

 

L’autre facteur de la disparition des Communs est la raréfaction de la ressource et, concurremment, la croissance de la population qui la consomme.

En effet, lorsqu’un pâturage est immense pour un nombre limité de bêtes, à quoi bon se battre pour en revendiquer la propriété. Alors quand la situation s’inverse, les solutions à mettre en œuvre devraient être la préservation de la ressource, l’administration de son exploitation et le rationnement.

Mais ce qui semble tomber sous le sens (s’orienter vers le souci du bien commun) n’est pas posé en ces termes par tous. Nos sociétés (et particulièrement les puissants qui les dirigent) privilégient au contraire la compétition et l’accaparement devenu vital.

En fait, la privatisation des activités vitales et structurantes de la société est l’expression d’un instinct de survie profondément enfoui sous la dénégation de la finitude de la marche expansionniste de l’Humanité. Il ne s’agit plus de gain, de jouissance et de confort ; il s’agit désormais d’autonomie et de survie. « Je possède donc je me sauve ».

Devant cette peur panique et psychopathique (et parfois inconsciente), au lieu de s’en remettre à l’État (émanation légitime du Collectif) pour administrer et exploiter les ressources relevant des Communs, les puissants ont opté pour une privatisation généralisée de tout et partout pour leur bénéfice exclusif.

 

Il s’agit aujourd’hui, ni plus ni moins, d’extraire de la sphère privée ce qui relève des ressources vitales et structurantes.